Thème et sommaire

Le patrimoine, moteur de développement ?

Le thème d’étude du symposium scientifique se propose d’évaluer le rôle du patrimoine dans la construction de la société de demain. Les effets de la «mondialisation», se concrétisant par une tendance progressive à la normalisation et occidentalisation planétaire, provoquent sur les sociétés humaines, des déséquilibres multiples. Le patrimoine, jusqu’ici cantonné dans le rôle de «conservatoire passif», fréquemment considéré comme handicap et frein de développement, doit être au contraire appelé à jouer dès demain un rôle capital de contre- point, en restituant les indispensables éléments de repères d’identités et de diversités culturelles, actuellement en voie de disparition, et pourtant vitaux. Il s’agit donc d’identifier son rôle dans une perspective constructive.

Développement territorial

Le transfert de plus en plus grand des populations, depuis les campagnes et les petites agglomérations en déshérence, vers les grandes métropoles, engendre des développements urbains difficilement contrôlés qui relèvent plutôt de modes anarchiques et spontanés, et atteignent déjà des proportions dont les conséquences sont graves, voire catastrophiques, et se mesurent notamment par:

• des ruptures d’échelles spatiales, de pertes des repères;

• des ruptures des relations sociales, pertes des solidarités, inquiétudes sécuritaires, manifestations sectaires et violentes;
• la rupture d’équilibre entre l’urbain, focalisant l’essentiel des préoccupations et les projets d’aménagement, et le monde rural où la question n’est déjà plus à la désertification, mais au véritable naufrage socio-économique et culturel de populations oubliées;
• dilapidation et banalisation de l’espace, capital non renouvelable, et notamment des paysages et terres cultivables, à la fois par les extensions urbaines extensives, et les mises en jachère.

Le retour à un développement équilibré est vital. Il passe par le remplacement du principe d’extension de l’urbain seul, par celui du développement territorial et de la qualité des paysages, s’appuyant à la fois sur le rural et sur les pôles urbains secondaires (bourgs et villes moyennes) selon un maillage équilibré. C’est là que les données patrimoniales reprennent toute leur valeur comme modèle d’inspiration des nouveaux développements: trames traditionnelles (patrimoniales), échelles parcellaires, modes d’organisation (noyaux initiaux), de communication (terre, fer, eau), de production d’énergie (petites centrales solaires, hydrauliques), etc.

Développement et retour à l’art de bâtir

On attribue à la seconde moitié du XXe siècle et à une frénésie d’exploitation des énergies fossiles, la généralisation de modes de vie et de bâtir selon des formes nouvelles dites «de progrès», qui se sont internationalisées sur un modèle occidental, mais résolument en rupture avec les modèles traditionnels. Les objectifs aujourd’hui en matière d’économies d’énergie et de recyclage imposent autoritairement de corriger profondément les caractères du bâti, neuf mais aussi ancien, ce qui soulève trois directions de réflexion:

• Le savoir réutiliser. Par nature, le patrimoine a montré jusqu’aux années 1950, d’innombrables exemples d’adaptation au milieu physique (implantation, orientation et protections par rapport au soleil, aux vents, au climat); d’usage des matériaux locaux (terre, bois, pierre, …); de mises en œuvre traditionnelles offrant/garantissant le plus grand «retour sur expérimentation», et de capacité de recyclages. Les édifices qui en résultent répondent donc particulièrement bien aux performances requises aujourd’hui au titre du «développement soutenable». Et si le patrimoine bâti porte les capacités nouvelles d’habitat selon ces critères, encore faut-il savoir en mesurer et exploiter toutes les performances avant que de le transformer selon des normes artificielles.

• Le savoir bâtir. En matière de constructions neuves, des exemples récents montrent la capacité de ces éléments patrimoniaux à répondre à des architectures incontestablement créatives et modernes/contemporaines et offrent une alternative aux solutions artificielles répondant aux nouvelles «normes».

• Le savoir habiter. Plutôt que de faire porter l’effort uniquement sur le patrimoine bâti, il faut savoir remettre en question nos modes de confort et d’usage: abandonner les utilisations acrobatiques de locaux par des fonctions auxquelles ils ne sont pas naturellement destinés; moduler l’usage selon les saisons (fermeture l’hiver de locaux mal aisés à chauffer); enfin revoir nos prétentions en matière de confort, dont les niveaux ont démesurément et déraisonnablement augmenté dans les dernières décennies. Les progrès qui seraient atteints en matière de salubrité et santé publique sont connus.

Développement et tourisme

Le patrimoine est un des facteurs d’attraction touristiques les plus actifs, mais risque, par l’exploitation de masse à laquelle il est de plus en plus exposé, de se stériliser et d’osciller entre fétichisation, muséification, caricature -parc d’attraction. Coupé de son contexte, le sens du patrimoine risque de disparaître au profit de l’image et sa matière même est altérée par l’excès de la fréquentation et des aménagements induits.

Plusieurs domaines d’action sont alors à ouvrir, notamment:

• Maîtriser les flux touristiques, notamment dans les espaces fragiles;

• Rendre perceptible le sens d’identification culturelle du patrimoine, c’est-à-dire révéler et rendre compréhensible le patrimoine dans toute la richesse de ses éléments propres et contextuels et encourager la sensibilisation du public à l’histoire par l’enseignement comme par les media;

• Maîtriser les flux du public, tant pour limiter l’érosion matérielle, que pour son propre confort et de meilleures conditions de compréhension et de perception des valeurs. Des premiers bilans d’expérimentations développées avec succès dans nombre d’édifices et «grands sites» peuvent alimenter des orientations à développer.

Développement économique

«Les arènes de Nîmes et le Pont du Gard ont plus rapporté à la France qu’ils n’avaient coûté aux Romains»: ces propos de l’Abbé Grégoire, tenus en l’An II de la République, gardent aujourd’hui toute leur actualité, et les investissements dans le patrimoine montrent des «retours» particulièrement intéressants, ainsi que le prouvent les analyses récentes sur les retombées économiques du patrimoine au niveau du territoire. Les impacts fonciers en sont les premiers marqueurs et l’industrie culturelle l’a bien compris, mais en adoptant des formes souvent trop commerciales. Encore faut-il réorienter ces investissements dans les bonnes directions, en identifiant les objectifs et s’attacher davantage aux résultats qualitatifs qu’aux simples bénéfices immédiats.

Sommaire :

–        Avant-propos

Eric Gross

–        Ouverture

Philippe Bélaval

–        Patrimoine et développement

Evolution de la notion de patrimoine

Objectifs scientifiques

Benjamin Mouton

–        Patrimoine et développement territorial

Benjamin Mouton

–        Développement et retour à l’art de bâtir

Florence Babics

–        Tourisme et développement

Hervé Barré

–        Développement et économie

Anne Magnant

–        Déclaration de Paris sur le patrimoine comme moteur de développement

–        Illustrations

–        Les auteurs

–        L’équipe du symposium

 

 

Informations complémentaires

Titre : Le patrimoine, moteur de développement : enjeux & projets

Auteurs : ouvrage collectif sous la direction de Benjamin Mouton, Président du Symposium

Nombre de pages : 120

ISBN : 978-2-9543731-0-2

Edition : ICOMOS France

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